30 novembre 2007
Silence, on tourne !
"Le problème consistait à trouver à la consommation du transport une raison économique mieux fondée qu'une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte. Nous condionnons les masses à détester la campagne (...), mais simultanément nous les conditionnons à raffoler des sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l'emploi d'appareils compliqués. De sorte qu'on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport." Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes





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26 novembre 2007
Enigme

Question :
Quel animal se déplace le matin sur quatre pattes, à midi sur deux pattes, et se traine le soir sur trois pattes ?
Réponse :

20:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23 novembre 2007
Conquistador

"L'homme n'a cessé d'être un animal que le jour où il a construit le premier mur. Nous n'avons cessé d'être des sauvages que lorsque nous avons édifié le Mur Vert, lorsque nous avons isolé, à l'aide de celui-ci, nos machines, notre monde parfait, du monde déraisonnable et informe des arbres, des oiseaux, des animaux..."
Eugène ZAMIATINE, Nous Autres
10:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 novembre 2007
Votre parfum m'indispose

Un accident, un incident, un incendie.
Un vélo renversé au coin d’une rue. Un blessé, un mort ? Un enfant, un vieillard ? Une femme enceinte ? Déjà un attroupement, un rassemblement, dès les premiers regards fusent les premiers commentaires.
-Il n’a pas regardé en traversant !
-Il a filé au rouge !
-Il roulait trop vite !
-Mon dentiste, il dit que…
Il y a toujours un dentiste, un concierge, un beau-frère, un boucher, un boulanger, qui dit que…
La curiosité gagne et la masse s’épaissit. Bientôt on ne voit plus les accidentés, l’enfant et le vélo. On n’entend même plus ces plaintes, ces pleurs, par-dessus le brouhaha indispensable des badauds. L’encerclement infernal atteint plusieurs strates insondables. Le cercle des commerçants, celui des femmes au foyer, celui des joueurs de tiercé du café d’en face, celui des enfants, celui des amants qui regardent si ce n’est pas leur rendez-vous en retard qui serait étendu là. Tous en savent plus long que les autres, plus long que la police sur ce qui s’est passé, plus long que les pompiers sur comment s’en occuper, plus long que les médecins sur comment le soigner.
Plus tard, dans la même rue, un incendie, dans un garage, un concessionnaire automobile, une voiture qui, sans raison apparente, explose. L’attroupement s’était à peine dissipé que la masse s’agglutine à nouveau. Quelle chance aujourd’hui !
Les pompiers s’affairent mais la paroi s’affaisse et l’un périt sous les décombres. Toute la soirée, toute la nuit, toute la journée du lendemain et même encore la nuit suivante, devant l’enfer des flammes puis le spectacle des ruines, on regardera, en masse.
A partir d’un blessé, d’un ou deux morts, on est curieux, on s’empresse de voir de plus près le spectacle morbide des blessures, des corps calcinés, des ruines éventrées.
Dans une ville en guerre, dans une cité où la mort se croise à chaque coin de rue, les civils et les militaires ne regardent plus. Ils passent devant, à côté, sans tourner la tête. Surtout, ils ne s’attroupent pas. Un individu est une cible possible, un groupe d’individu est une multitude de possibles.
A partir d’un blessé, d’un ou deux morts, on est curieux, on s’empresse, on s’entasse, on se masse.
A partir de combien de corps on ne regarde plus ? Quand ce sont les cadavres qui s’entassent ?
Peut-être quand la souffrance appartient à tous ceux qui, quand il n’y en a qu’un qui souffre, regardent et commentent.
Ensuite, plus tard, plus loin, les temps s’apaisent, et des cadavres ne restent que des images, photos, films ou souvenirs projetés sur des récits ou des fictions réelles. A partir de combien de temps revient cette curiosité morbide, à partir de combien de charniers spectacularisés se reforment les cercles de l’indiscrétion cadavérique ? La soif de mort et la faim d’images sanglantes reprennent leur droit sur la souffrance de ceux qui, survivants de ces mêmes images, ne sont plus là pour taire leur douleur, ou n’en ont plus la force.
Dans ces cercles, amassés, serrés plus encore que dans les transports en commun – cette fois, l’entassement est volontaire – les odeurs de sueurs, de sébum, de savons bon marché, se mélangent avec les parfums aguicheurs des fans à peine majeurs mais déjà bien expérimentés.
Je voudrais bien, moi aussi, pencher mon regard pour voir ces corps alignés au pied de ces ruines nouvelles, fumant encore de leur naissance. Mais je ne peux plus respirer, je ne supporte plus ces excès chimiques.
-Votre parfum m’indispose, plus que celui de la mort !
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16 novembre 2007
Ceci n'est pas une pipe
De retour dans le parc, je recherche le corps mais il a disparu. L’aube suivant une nuit de fuite éclaire la pelouse repeinte en vert au centre de laquelle les marginaux muets se rassemblent. Deux d’entre eux, un homme et une femme, entrent sur le court de tennis au milieu du parc. Ils se mettent à jouer, absorbant toute l’attention du reste du groupe massé autour du grillage. Je me place au bout du terrain, derrière la grille, et les regarde jouer. Mais ils n’ont pas de balle et les rebonds sont silencieux. Pourtant, tout le monde suit le même mouvement. Tout le monde regarde la même balle, voit la même balle. Ils n’ont pas besoin d’imaginer la présence de cette balle qui n’existe pas car pour eux elle existe. Et c’est bien parce qu’elle existe, parce qu’elle est réellement présente, que tous suivent le même mouvement d’une seule et même balle. S’ils n’y croyaient qu’individuellement, ils pourraient envisager chacun une balle différente, et donc il pourrait y avoir plusieurs balles, plusieurs mouvements possibles, l’un des joueurs pourrait envoyer la sienne à gauche et l’autre l’aller récupérer à droite. Mais au contraire, lorsque la balle vient percuter le grillage, juste devant le visage d’une jeune spectatrice, celle-ci a une réaction de surprise, la peur de se prendre l’objet dans l’œil : la balle a vraiment frappé le grillage, tout le monde l’a vue, personne ne rit, c’est sérieux. Pourtant, ce groupe a traversé plusieurs fois le cadre en riant et jouant comme des enfants depuis le début de cette histoire. Mais cette fois, ils sont sérieux. Le cadre n’est plus bousculé, comme une tradition, comme un principe, par cette bande de joyeux lurons. Joyeux ? Sérieux dans tous les cas.
Les échanges de balle imaginaire s’intensifient, le jeu prend du rythme, captivant toute l’attention des spectateurs mais aussi la mienne. C’est sans doute encore la situation qui m’interpelle, après les événements que j’ai vécus ces dernières vingt-quatre heures. Je suis à l’écart des spectateurs car je ne fais pas partie intégrante du spectacle, je ne vois pas la balle, je ne crois peut-être pas à son existence et cette partie de tennis me laisse donc songeur, dubitatif et perplexe.
Soudain, le joueur donne un tel coup de raquette dans la balle que celle-ci s’envole au-dessus du grillage, au-dessus de ma tête, loin vers le fond du parc. La joueuse s’approche de moi, de l’autre côté de la grille, mince barrière entre deux univers, entre deux perceptions du monde. Elle m’invite à lui relancer la balle, à aller la récupérer et lui renvoyer. Ses yeux tristes me font presque y croire, son regard, réel, me montre la direction à prendre. Je me retourne et me dirige vers la balle. Quelques pas plus loin sur cette pelouse peinte en vert, je me penche et je ramasse un morceau de vide, une sphère de rien, de néant, d’inexistant, que je soupèse dans ma main. Oui, il semblerait que cela pourrait peser une balle de tennis. Je lève les yeux vers le terrain de tennis et je lance la balle dans le silence de l’aube. Le cadre reste sur mon visage et la partie, lentement, reprend : on entend les rebonds de la balle et le claquement des raquettes ; on entend, de plus en plus précisément, de plus en plus intensivement, une partie de tennis. Je l’ai vue, j’ai douté de son existence, je ne l’ai pas entendue. Je la regarde, je l’entends, j’y crois.
Cette sphère de rien, de néant, que j’ai ramassée, était bien une balle de tennis. Le premier plan est passé en arrière plan, l’illusion est devenue la réalité. Une distorsion, un trompe-l’œil, trompe l’oreille. Dans ce parc, un meurtre a eu lieu. Je l’ai vu, j’en ai eu la preuve devant mes yeux, dans mes mains, dans mon œil de photographe moderne, contemporain. Mais le contemporain ne serait peut-être pas le réel ? Peut-être que la réalité appartient à ceux qui bousculent le cadre comme ils bousculent les principes. Je ne dois plus croire en la vérité d’une mort qui fut bien réelle mais en la présence du néant qui engendre la vie, en la réalité d’une sphère de rien autour de laquelle une réalité se met à exister. Ceci n’est donc pas une boule de néant, c’est une balle de tennis, et tout ce qu’elle implique.
16:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 novembre 2007
Toxicité II

Mimétisme, surprenante faculté qu’ont les animaux et les insectes à se fondre dans leur habitat.

Médication chimique contre le cancer : qui peindra Blanche-Neige, empoisonnée à l’OGM, avec les fruits de sa nouvelle alimentation ?
00:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Toxicité

Ô mon âme ! Échappe-moi de ces forêts de pendus hantés par tant de fantômes ! Enfourche ton diapason d’airain et donne le la du renouveau !
Les matricules sont tatoués sur les nuques nues des enfants rasés. Trop de plaies à panser, trop de bactéries inconnues.
Mère des hommes, quel est donc le miraculeux remède pour guérir ces maux ?
-Le plomb, mon frère, le plomb !

Ô mon âme ! Enfuis-moi de ces marécages de sang où des vers affamés se collent à tous mes membres !
Les viscères sont ouverts sur la table des banquets. Les humains vomissent et les virus dégustent.
Fruit des hommes, où se trouve donc cette manne providentielle pour nourrir les restes des peuples ?
-Ta chair, mon frère, ta chair !

Ô mon âme ! Respire-moi de tous tes sens, enivre-moi de l’espérance et goûte-moi les plaisirs oubliés des voluptés célestes !
Les soleils s’appauvrissent en clarté et je ne distingue plus les astres. L’acide brûle mes poumons et les fils du crabe copulent avec les scorpions.
Ciels des hommes, quels sont ces nuages qui cachent vos lumières ?
-L’atome, mon frère, l’atome !

Ô mon âme ! Dissipe-moi ces brouillards qui empestent nos vies ! La boue et la peur, le souffre et la douleur. Les multiples et infinis binômes de la honte putride sont les nouvelles merveilles du monde.
Terre des hommes, disposes-tu encore d’un lieu de paix, de silence et de raison ?
-La mort, mon frère, la mort !
00:25 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08 novembre 2007
Introduction
De la nécessité d'une production inutile, éphémère et jetable.

Au commencement était le web. Un outil permettant une étude anthropographique à usage unique.
Anthropographie car image en temps réel ou décalé, d'une masse d'individus en perpétuelle évolution, aussi rapide qu'une connexion haut débit. Pixel, peinture, photographie numérique, graphique, video-plastique. Anatomie morphologique d'artifices mécaniques.
A usage unique car jetable, éphémère et inutile, comme la majorité des productions spectaculaires de notre temps. Mais temps moderne, machine molle et tempête de sable, donc recyclable, réutilisable, sans droit, sans attache, comme une TAZ jeté dans le paysage mutimédia mondial.
Courts, sans prétention d'enseigner, de transmettre, ni de témoigner. Courts pour ne pas s'étendre plus loin que la brusque irruption d'une émotion, d'un resenti sur le monde qui nous entoure. Cours, de récréation, de recréation, génèse d'articles sous forme de leçons, au sein d'un nouveau monde dans le monde, une toile de nylon tissée par tous et sous le regard de tous.
Nécessaire pour ne pas s'exclure, sans s'inclure; observer sans servir, inventer sans invertir, préserver sans pervertir. Nécessaire comme tout spectateur pouvant créer son spectacle idéal, le modeler, le publier, le voir, le revoir, le prendre et le reprendre. Le construire enfin, et le détruire enfin.
Au commencement était le web et il fallut sept éternités, et un jour, pour reconstruire une charpente détruite par les héritiers du Parthénon.
Au commencement était le web et il fallut sept jours, et une éternité, pour détruire les fondations construites par les péres du Panthéon.
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