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17 décembre 2007

Tout n'est pas perdu...

« … Car tout n'est pas perdu non tout n'est pas perdu de vos mythes d'aurore ici le soleil brille pour tous et on y croit. »

            Noir Désir Europe

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Dans les souterrains parisiens, on rencontre souvent l’essence de ce qui se passe en surface. Horresco referens, on trouve tout ce qui ferait pâlir un indigène rousseauiste déambulant dans nos rues civilisées. SDF venus se réchauffer dans le cœur des transports, sans transport de leur cœur ni mouvement autre que leur déplacement pour y descendre, le matin et en sortir, la nuit, manu militari accompagnés par les vigiles des milices sociales de l’entreprise dirigeant les rames, les rameurs et les galériens ; jeunes adolescents sortant de l’école, ou faisant semblant, plongés dans la lecture de magazines glacés racontant les derniers exploits inutiles de personnalités futiles, dernier régime, dernier baiser, dernier sein volé sur une plage utopique non atypique ; ou absorbés par la mini console, montant le son du lecteur MP3 au rythme R’n’B de luxe ; jeunes diplômés qui rentrent chez eux après une journée harassante, rêvant de voyages, de confort, ce toutes les images emmagasinés dans leur inconscient pendant les années d’études payées par leur prêt qu’il faut aujourd’hui rembourser cantonnant les voyages, les écrans plasma, les canapés barbecues tables en verre salon trois pièces cuisine aménagée, au rang d’inaccessible pendant encore quelques années. Vae soli ! La liste est longue, autant sinon plus que le nombre d’humains croisés dans les couloirs du souterrain.

« Je suis sous tes reins, tu ne me vois jamais » comme disait la chanson. Maintenant tout est lisse et poli, le verre comme le métal, l’amiante comme le cristal. « Dis-moi qui tu suis, je te dirais qui je hais ! »

Les cadavres des bouteilles se confondent avec des corps affalés le long des sièges de quais, bancs transformés en assises individuelles pour éviter les siestes alcooliques des exclus.

Deux jeunes adolescents passent devant un homme qui résiste encore, la dignité ne l’a pas quitté, il est peut-être plus solide que certains autres, que ceux qui, au bout du quai, piaillent, ivres, et se chamaillent pour un culot pas totalement vidé. L’homme arbore un badge de L’Itinérant, journal vendu par les SDF, dans et hors les murs du souterrain. L’homme est propre, rasé mais marqué, debout mais blessé, quelque part. Ce n’est pas un clochard, ni un maçon, pourtant il a pu être l’un ou l’autre : ses mains ont travaillé et ses yeux ont souffert. L’homme porte un bonnet sur lequel on distingue le sigle du club de foot portugais, le Benfica de Lisbonne. Les deux jeunes passent devant lui et l’un d’eux :

-Oh, t’as vu l’bonnet du clochard, là ? T’as vu son bonnet ? Il a un bonnet du Benfica ! Du Benfica !

-C’est plus des clochards, c’est des Portugais !

« L’ignorance, c’est la force. »

 

Tout n’est pas perdu ? Peut-être là-haut, au-dessus, là où le soleil brille pour tous, là où on y croit. Car ici, en bas, en dessous, sous les couches de bétons,  les strates de câblages et les épaisseurs de tuyaux, ici le soleil ne brille pas, ni pour tous ni pour personne. Mieux encore, son absence n’est pas la même pour tous. Tout le monde ne voit pas le manque de soleil de la même façon. Ici, le transport en commun se fait sur des sièges individuels, les affiches pour tous sont vues par les yeux de chacun. Nous sommes ensemble mais je suis seul.

Dans une rame, un homme entre à la station suivante. Sans douche fixe mais propre, il se met à chanter un air de guinguette d’un autre âge.

-Aujourd’hui je ne vous demanderai rien, car aujourd’hui je suis heureux. J’ai enfin une chambre d’hôtel !

Veni vidi vici ! Bravo, tonton Marcel, tu vas t’en sortir ! Mais ne baisse pas les bras, pense à tes camarades laissés sur le bord, sur la touche, le bas-côté. Reprends des forces, tends le poing, étends la lutte !

-Et surtout je suis super heureux parce que dans la chambre, il y a une télé !

 

Tout n’est pas perdu ?

La Commune s’est dressée dès lors que le peuple parisien n’avait même plus de rats à se mettre sous la dent. Que pensez-vous que fera demain un peuple qui, même affamé, est individuellement satisfait une fois la télécommande à la main ?

« Aux armes » et caetera !

Commentaires

Meilleurs voeux à vous, Berger de l'insondable.
beaucoup de plaisir à vous lire, et à vous savoir dans les parrages.

Que 2008 nous évite trop de niaiseries.
Fartons nos skis en attendant,
la piste est sans fin...


V.

Ecrit par : Voiker | 04 janvier 2008